À Majorque, Aulets Arquitectes sublime la pierre brute sous une toiture de palettes recyclées
À Pollença, Majorque, le cabinet Aulets Arquitectes a érigé un pavillon pour l'édition 2025 de Futur Habitable qui mérite qu'on s'y arrête — non pour son esthétique, mais pour ce qu'il dit de la pierre quand on accepte de la laisser parler.

Quand la pierre brute impose sa loi sous un toit de palettes
D'énormes blocs de pierre naturelle, aux faces orangées et crues laissées à nu, forment des supports massifs sous une large couverture en palettes en bois recyclées. Le projet a été nommé finaliste des FAD Awards 2026 dans la catégorie Interventions Éphémères, le jury saluant sa construction à sec et l'usage de matériaux locaux et recyclés.
La pierre telle qu'elle sort de la carrière
Ce qui frappe d'abord, c'est l'absence totale de traitement. Les blocs conservent leurs cassures d'extraction, leurs marques de scie, leurs variations chromatiques — cet orange veiné de crème que l'on retrouve dans certains calcaires méditerranéens. Aucun parement ne vient masquer la matière. Certains blocs débordent même des assises inférieures, créant un jeu de volumes irréguliers qui donne aux murs une épaisseur presque géologique.
En tant que sélectionneuse, je trouve cette approche rafraîchissante. On passe souvent des heures à chercher la dalle parfaite, au veinage homogène, à la finition lisse. Ici, c'est l'inverse: c'est la rugosité, la densité brute et les aspérités de la pierre qui font l'architecture. Ça ne fonctionne que parce que les blocs sont massifs — leur poids seul assure la stabilité. Sur un dallage fin ou une margelle, cette même irrégularité poserait des problèmes de planéité et d'usure. La nature de la pierre dicte ici son usage: on ne l'affine pas, on la porte.
Le séchage à sec, un geste qui parle aux connaisseurs
Le pavillon est monté sans mortier. Les blocs s'empilent par simple gravité, leur poids et leur emboîtement suffisant à former des supports porteurs. C'est une technique que l'on connaît bien dans l'aménagement extérieur — les murets de terrasse, les bordures de massifs — mais rarement à cette échelle. Le résultat est une structure qui respire: l'air circule entre les blocs, la pluie s'écoule naturellement, et la patine du temps s'installe sans contrainte.
Au-dessus, les palettes recyclées forment une toiture modulaire dont les lattes répétées créent un ombrage régulier. Le contraste est saisissant: la masse minérale en bas, la légèreté du bois industriel revalorisé en haut. Le tout forme une séquence simple — compression, ombre, libération du passage — qui donne au pavillon sa justesse sans en faire un manifeste.
Ce que l'on peut en retenir pour nos projets
Ce pavillon pose une question directe à quiconque travaille la pierre naturelle: accepte-t-on la matière dans son état d'origine, ou cherche-t-on systématiquement à la civiliser? Pour un dallage de terrasse ou un habillage de mur, la réponse dépendra toujours de l'usage, de l'exposition et du grade choisi. Mais l'idée de valoriser des blocs à faible transformation — avec leur veinage naturel, leurs cassures, leur densité d'origine — mérite réflexion, surtout quand la pierre locale est disponible.
Le programme Futur Habitable s'inscrit dans un cycle de trois ans initié à Pollença, après Repensar dissenys en 2023 et Tocar fusta en 2024, qui questionne comment les matériaux disponibles sur un territoire peuvent façonner nos manières de construire. Une démarche qui résonne directement avec notre approche: choisir la pierre en fonction de ce qu'elle est, pas de ce que l'on voudrait qu'elle soit.