Restauration du canal de l’Aghjara : le savoir-faire de la pierre sèche à Bastelica
À Bastelica, en Corse, le canal de l’Aghjara — ouvrage hydraulique en pierre construit en 1875 — achève sa restauration après des mois de travaux pilotés par l’association U Canale.

Ce chantier collectif, qui a réuni plus de 200 bénévoles autour des techniques traditionnelles de restauration de la pierre, illustre combien la pérennité d’un ouvrage minéral dépend d’un entretien régulier et d’une vraie lecture du matériau.
La pierre au cœur du chantier
Quarante minutes de marche sur un sentier très raide, au milieu de la châtaigneraie, pour atteindre ce canal de 3,6 km: la rudesse du terrain saute aux yeux. Je retiens surtout que l’équipe de Fighjula i Petri, association spécialisée dans la restauration du patrimoine bâti traditionnel corse, a dû composer avec une pierre sévèrement éprouvée par trois tempêtes successives (2021, 2022, 2023). Le curage complet des tronçons dégradés a permis de retrouver l’aspect d’origine du canal, là où le sentier avait parfois disparu sous les arbres arrachés.
Olivier Simonpietri, président de Fighjula i Petri, le résume simplement: « Dès que nous sommes sur le site, nous nous répartissons les tâches et les outils. » Cette organisation — observer avant d’agir, accepter que la pierre dicte sa propre logique — me rappelle ce que je prône sur mes propres sélections. Sur un ouvrage comme celui-ci, chaque bloc déplacé doit être étudié avant d’être reposé: orientation du lit, densité, traces d’usure. C’est ce temps d’observation qui fait la différence entre une restauration qui traverse un siècle et un ouvrage qu’il faudra reprendre dans dix ans.
Ce que ce type de restauration dit à nos aménagements extérieurs
Trois points me parlent, quand je compare ce chantier à ce que je vois sur les terrasses et abords de piscine.
D’abord, le budget — près de 300 000 euros — rappelle qu’un ouvrage en pierre n’est jamais définitivement acquis: il vit, il bouge, il demande un suivi. C’est exactement ce que j’explique à mes clients quand ils choisissent un dallage en travertin ou en pierre locale: le matériau est durable, mais pas éternel sans entretien.
Ensuite, le retour de l’eau prévu au printemps prochain, avec l’irrigation espérée de potagers et de vergers, montre que la pierre a une fonction avant d’être un décor. Une margelle de piscine, un dallage de terrasse, un muret de soutènement: chacun doit être pensé dans son usage, pas seulement dans son aspect.
Enfin, l’ouverture patrimoniale au public — un parcours commenté au cœur de la châtaigneraie — prouve qu’un aménagement en pierre bien restauré devient un bien transmis, pas un simple consommable. C’est cette philosophie que je défends quand je sélectionne des dalles: on ne vend pas de la matière, on transmet un savoir-faire et une durée.
À retenir pour la suite
La réception officielle du chantier est prévue le 24 août. Pour qui suit les techniques de restauration du bâti traditionnel corse, les associations U Canale et Fighjula i Petri documentent ce travail — deux interlocuteurs dont les méthodes valent souvent plus que bien des manuels.