Wittelsheim : un artisan redonne vie à la statue de Jeanne d'Arc martelée en 1940
D'après Aleteia, l'artisan tailleur de pierre Olivier Hitter s'apprête à restituer la figure de Jeanne d'Arc qui ornait le fronton de l'église Saint-Michel de Wittelsheim, en Alsace.

La statue originale, sculptée en 1929 par le Mâconnais Alexandre Morlon, avait été méthodiquement détruite au burin par les troupes allemandes dès 1940, lors du rattachement de l'Alsace à l'Allemagne. Pour ce Wittelsheimois qui taille la pierre depuis vingt-trois ans, le chantier a une saveur particulière: il reproduit fidèlement le modèle d'origine à partir de photographies d'archives, dans un bloc de trois mètres qui rejoindra l'église le 23 septembre.
Tailler une figure, c'est choisir où le regard se pose
Dans son atelier, Olivier Hitter achève un travail dont il ne reste plus que le visage à dégager — et c'est précisément la dernière étape, souvent la plus périlleuse en sculpture monumentale. Le regard se pose toujours en premier sur la figure: un défaut d'inclinaison des paupières, une asymétrie dans la commissure des lèvres, et c'est toute la lecture de l'œuvre qui vacille.
L'artisan le résume sans détour: Jeanne est représentée les yeux levés au ciel, les mains jointes — une posture où la moindre approximation se voit immédiatement. Dans un bloc de plusieurs mètres, il faut réserver la matière la plus saine au bon endroit. La tête reste la zone la plus scrutée, donc celle où la densité du grain et l'absence de faille doivent être irréprochables. Le reste du corps accepte davantage les veines, les variations de ton, les petites aspérités qui racontent la taille à la main — pourvu que la finition reste cohérente avec l'ensemble.
Le même réflexe sur un dallage ou une margelle
Même à une tout autre échelle — margelles de piscine, dallages de terrasse, appuis de fenêtre —, le même principe joue: la pierre se lit d'abord à son endroit d'exposition. Avant tout achat, je regarde toujours la face visible du bloc, pas le côté caché en palette. Une pierre de second choix peut convenir à un dallage où le regard rase la surface, mais pas à une margelle de piscine vue plongeante, où chaque défaut de planéité saute aux yeux au premier bain de saison.
L'histoire d'Olivier Hitter le confirme à sa manière: tailler la pierre, c'est accepter qu'elle dicte une part du résultat. Les photographies d'archives orientent la silhouette, mais c'est le bloc qui décide, au dernier coup de ciseau, si le visage accepte d'être aussi expressif que l'original. Cette part d'imprévu, je la retrouve sur chaque chantier de dallage — c'est elle qui fait qu'une terrasse en pierre naturelle ne ressemble jamais tout à fait à la photo du catalogue.
Pour qui voudrait suivre l'aboutissement, l'atelier fermera ses portes avant la dépose du fronton le 23 septembre; la bénédiction est prévue le dimanche 27, jour où la paroisse fête la Saint-Michel.